Léo n'aimait pas l'heure du coucher. Dès que la lumière s'éteignait, des ombres pointues et frétillantes dansaient sur ses murs. Il se cachait sous sa couette, le cœur battant, certain que des monstres se cachaient dans les coins sombres de sa chambre.

Un soir, sa Mamie le trouva ainsi, tremblant comme une petite feuille. « Oh, mon Léo, » dit-elle doucement.

« Les ombres ne sont que des dessins qui attendent une histoire. Et pour ça, il nous faut un équipement d'aventurier. » Elle sortit un petit sac à dos coloré.

« Un sac à dos ? » murmura Léo. « Qu'allons-nous mettre dedans ? » Mamie sourit et ramassa une chaussette rayée sur le sol.

« Ceci, » déclara-t-elle, « n'est pas une chaussette. C'est un sac de couchage ultra-confortable pour ton ours Doudou, au cas où il aurait froid pendant notre expédition. »

Ensuite, Mamie prit un peigne sur la commode. « Et ça, c'est une corne de licorne magique ! Elle peut apprivoiser n'importe quelle créature, aussi grognon soit-elle. » Léo prit le peigne et un petit rire lui échappa.

Enfin, ils mirent une petite lampe de poche dans le sac. « Ce n'est pas pour chasser les ombres, » expliqua Mamie.

« C'est un rayon de lune de poche. Il nous servira de projecteur pour notre spectacle. »

Le sac à dos prêt, Mamie désigna l'ombre la plus effrayante, celle de la plante. « Regarde, Léo. On dirait un dragon, non ? » Léo hocha la tête, un peu inquiet.

« Peut-être que ce n'est pas un méchant dragon, » chuchota Mamie. « Peut-être qu'il est juste timide. »

Léo, encouragé, sortit la « corne de licorne » de son sac. Il s'approcha du mur et fit semblant de chatouiller le ventre de l'ombre du dragon avec le peigne. « Guili-guili, Monsieur Dragon ! » L'ombre, avec les mouvements de Léo, semblait presque rire.

Puis ils s'occupèrent d'une autre ombre, une masse informe créée par un tas de vêtements. « Un troll ! » haleta Léo. « Ou peut-être, » proposa Mamie, « un gentil mouton-nuage qui cherche un endroit douillet pour dormir.»

Léo sortit aussitôt le sac de couchage-chaussette et le déposa près des vêtements.

Bientôt, la chambre de Léo n'était plus remplie de monstres, mais d'amis.

Il y avait le dragon chatouilleux, le mouton-nuage endormi et une grande girafe faite avec l'ombre de la porte. Léo, blotti dans son lit, n'avait plus peur du tout.

Cette nuit-là, Léo dormit profondément. Il rêva qu'il volait sur le dos d'un gentil dragon d'ombre, avec un rayon de lune dans une main et son sac à dos magique sur les épaules, explorant un monde où l'obscurité n'était qu'une autre page blanche pour une nouvelle aventure.